Tunisie : le ministre du Tourisme relativise la menace salafiste
Les touristes reprennent le chemin de la Tunisie, avec une hausse de plus de 50 % des entrées sur les quatre premiers mois de l'année. La menace que font peser les salafistes plane néanmoins sur les objectifs du pays d'atteindre 6 millions de touristes en 2012.
Elyes Fakhfakh, ministre tunisien du tourisme, issu du parti de centre-gauche Ettakatol, préfère défendre les derniers chiffres du tourisme plutôt que de s'attarder sur la menace salafiste. Sur les quatre premiers mois de l'année 2012, les entrées de touristes en Tunisie sont en hausse (+51,8 %, contre -41,8 % en 2011). Tout comme les recettes en devises (+34,1 % contre -30,5 % en 2011). Et les prévisions de réservations pour cet été (+35 % par rapport à 2011) devraient permettre au pays de rattraper la moitié des touristes perdus en 2011. « C'est clairement une reprise, se félicite Elyes Fakhfakh, de passage hier à Paris. Et elle s'explique par la situation sécuritaire du pays, qui s'est normalisée depuis l'été dernier. » Certains marchés (allemand, belge ou russe) ont même dépassé leurs niveaux de 2010. D'autres accusent en revanche un retard par rapport à cette année de référence qui a précédé la révolution. « C'est le cas de la France, probablement en raison du calendrier électoral chargé, et de l'Espagne, à cause de la crise économique », précise-t-il. L'objectif du gouvernement reste d'atteindre 6 millions de touristes en 2012 (contre 7 millions en 2010 et 4,8 millions en 2011). « Nous devrions tenir cet objectif voire le dépasser »,affirme Elyes Fakhfakh.
« Les salafistes ont franchi un pas »
La multiplication des coups d'éclat des salafistes ne compromet-elle pas l'objectif ? Le week-end dernier, des salafistes ont incendié un hôtel, dans le sud du pays. Ils s'étaient targué jusqu'ici de ne pas s'attaquer à l'industrie touristique. « Ils ont franchi un pas, admet Elyes Fakhfakh, mais c'est un acte isolé, qui relève davantage d'un problème entre le propriétaire de l'hôtel visé et les salafistes locaux. » Mi-mai, une centaine d'entre eux avaient envahi l'aéroport de Tunis-Carthage pour protester contre la décision des autorités tunisiennes de refouler deux prédicateurs marocains radicaux. Des images d'hommes à la barbe longue et en tenue militaire qui ne sont pas vraiment de nature à rassurer les voyageurs potentiels...
Faut-il craindre d'autres attaques de sites touristiques ? « Il faut rester vigilant, nous prenons toutes les mesures de sécurité. Mais, comme partout, il y a toujours un risque d'acte isolé », rétorque Elyes Fakhfakh. Cela nuit énormément à l'image de la Tunisie, mais le risque serait de réduire la Tunisie à ce mouvement. Nous ne sommes pas à Kaboul ! C'est comme si on réduisait l'Angleterre aux hooligans ! »Sur 11 millions de personnes, le pays compte 7 000 à 8000 salafistes, dont près d'un millier de djihadistes, insiste le ministre, qui entend mener à bien son plan stratégique.
« Changer l'esprit du tourisme tunisien »
La Tunisie veut conquérir de nouveaux marchés et séduire les touristes russes, chinois ou du Moyen-Orient. La libéralisation du ciel entre Europe et Tunisie devrait, dès 2013, permettre l'arrivée de compagnies low cost sur certaines liaisons aériennes. Elyes Fakhfakh entend aussi « rééquilibrer l'offre tunisienne vers un produit individualisé ». Une réforme qui passe par la révision du code d'incitation à l'investissement touristique, en cours depuis avril, et qui va, promet-il, « changer l'esprit du tourisme tunisien ». En développant notamment les régions intérieures du pays, « au patrimoine très important mais méconnu ».
Encore faut-il rassurer les investisseurs. « Les intentions d'investissement sont là, on sent une accélération dans le passage de l'intention à la démarche, glisse Elyes Fakhfakh mais l'investisseur attend d'être rassuré à 100 % avant de se lancer ». Le Qatar a été le premier à s'engager sur deux très gros projets. La branche d'investissement immobilier et hôtelier du fonds souverain, Qatari Diar, en a signé deux, à Tozeur, dans le désert tunisien, et à Mahdia, sur la côte Est. D'autres investisseurs sont sur le point de le faire, à Gabès, Bizerte ou Djerba.