Égypte - Mohamed Morsi : Je n'ai peur que de Dieu
Le président égyptien élu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a prêté symboliquement serment vendredi devant une foule venue l'acclamer place Tahrir au Caire
Le président égyptien élu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a prêté symboliquement serment vendredi devant une foule venue l'acclamer place Tahrir au Caire, et prévenu l'armée, qui garde une grande partie du pouvoir, que le peuple était la "source de la légitimité". "Je jure par Dieu de préserver le système républicain, de respecter la Constitution et la loi, de protéger entièrement les intérêts du peuple, et de préserver l'indépendance de la nation et la sûreté de son territoire", a-t-il promis solennellement à la veille de son investiture officielle prévue devant la Haute Cour constitutionnelle.
"Vous êtes la source du pouvoir et de la légitimité, qui est au-dessus de tout le monde. Il n'y a de place pour personne, pour aucune institution (...) au-dessus de cette volonté", a déclaré à la foule M. Morsi, visant implicitement le Conseil militaire au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011, qui conserve de larges prérogatives, dont le pouvoir législatif. Mohamed Morsi s'est également déclaré partisan d'un État "civil, patriote et constitutionnel", un message destiné à rassurer ceux qui redoutent un pouvoir islamique, notamment la minorité chrétienne.
"Je suis l'un des vôtres"
"Je suis l'un des vôtres", a-t-il encore lancé. "Je n'ai peur que de Dieu", a-t-il ajouté devant des dizaines de milliers de personnes rassemblées sur cette place emblématique de la révolte contre Hosni Moubarak au début de l'année dernière. "Vous qui m'avez élu et vous qui vous êtes opposés à moi, je suis à vous tous (...) je ne ferai pas de différence entre partisans et opposants", a promis Mohamed Morsi, qui cherche à former un gouvernement de coalition dirigé par une personnalité indépendante, afin d'élargir son assise politique au-delà du courant islamiste.
Mohamed Morsi a rendu hommage à la place Tahrir, "la place de la révolution, la place de la liberté". Il s'est adressé "au monde libre, aux Arabes, aux musulmans, (...) au peuple d'Égypte, frères et soeurs, enfants, musulmans d'Égypte, chrétiens d'Égypte, citoyens où que vous soyez" - une allusion aux millions d'Égyptiens expatriés.
Mohamed Morsi a également promis d'oeuvrer en vue de faire libérer le cheikh égyptien Omar Abdel-Rahman, condamné en 1995 à la prison à vie aux États-Unis. "Je vais faire tout mon possible pour faire libérer (...) les détenus y compris le cheikh Omar Abdel-Rahman", condamné par la justice américaine pour des complots visant à attaquer des cibles new-yorkaises et à assassiner l'ancien président Moubarak. Mohamed Morsi, qui a battu le dernier Premier ministre de Moubarak, Ahmed Chafiq, lors de la première présidentielle après la révolte, est le premier islamiste à accéder à la magistrature suprême en Égypte et le premier président égyptien à ne pas être issu de l'appareil militaire.